Désinformation – Le temps de la lutte est venu
L’impact et la nocivité de la désinformation ne sont plus à démontrer tant les exemples sont légion. Lors de la crise Covid-19, des décès ont été directement liés à de la désinformation et à une volonté de s’absoudre de la rigueur scientifique dans la mise en évidence de la preuve thérapeutique ou non d’un médicament. La désinformation est aussi utilisée comme une arme de guerre par des groupuscules, voire des Etats à des desseins de déstabilisation politiques ou économiques de démocraties. Ce fléau s’immisce dans nos vies quotidiennes et promeut la défiance et la haine de l’autre.
Afin d’y voir plus clair, dans ce numéro, nous avons fait un état des lieux transverse afin de comprendre comment sont identifiées les désinformations en santé, et comment s’organisent certains pour alerter le public. C’est ainsi que nous avons rencontré des journalistes comme Sandrine Cabut du Monde ou Thomas Huchon qui nous explique la genèse et le travail qu’il entreprend avec son avatar AntiFakeNewsAI, ou des sentinelles professionnelles de santé comme le Professeur Mathieu Molimard de la Société Française de Pharmacologie et de Thérapeutique et le Docteur Pierre de Bremond d’Ars, président du collectif NoFakeMed.
Le temps de la réflexion est passé, le temps de l’identification et de l’action a débuté avec la création de la Viginum et la promulgation en mai dernier de la loi visant à renforcer la lutte contre les dérives sectaires, avec en particulier la création d’un délit de provocation à l’abandon ou à l’abstention de soins. Nous avons échangé avec le Chef de la Miviludes, Donatien Le Vaillant, afin de mieux appréhender l’impact des dérives sectaires dans le champ de la santé. Ce point de vue a été nourrit par le Docteur en santé publique Mickael Worms-Ehrminger, créateur du podcast en santé mentale Les Maux Bleus.
Dès lors, nous devons entrer dans l’ère de la coordination, en faisant fi des positions institutionnelles disparates, dans une Europe devant démontrer sa capacité à fédérer d’une manière transverse en mêlant une coalition au niveau des media, de l’éducation ou des réglementations technologiques. L’éducation et la prévention sont des clés souvent mises en avant. La communication peut aussi s’avérer utile à maitriser. C’est ainsi que Caroline Fenaillon, spécialiste en communication de crise, nous explicite très clairement les moyens d’enrayer et de contenir une crise en adoptant le bon timing.
Vient le temps de la lutte, pied à pied, en fourbissant nos propres stratégies et en utilisant leurs propres armes, à savoir l’intelligence artificielle. L’IA, Docteur Jekyll ou Mister Hyde, à nous de le choisir.
Notre chance est que l’IA générative reste normée et donc ses actions identifiées. Elle peut donc devenir un catalyseur de la désinformation sur les réseaux sociaux tout en étant employée afin d’adopter une stratégie d’identification des signaux faibles afin d’enrayer la viralité, d’optimiser la réactivité des contre-feux et d’épauler les débunkers.
La désinformation est un virus qu’il convient de combattre comme tout autre virus : en érigeant nos défenses et en enrayant sa propagation.
Adel Mebarki, Céline Druais Voinot